Les chiffres de l’Insee dévoilés fin janvier révèlent une réalité économique nuancée pour la France. Le produit intérieur brut progresse de 0,9% en 2025, un résultat qui dépasse les projections gouvernementales mais qui marque néanmoins un fléchissement par rapport aux années précédentes. Cette tendance baissière, qui s’étend sur trois années consécutives, dessine une économie en perte de vitesse malgré quelques signaux encourageants.
Le ralentissement s’observe principalement dans la dernière partie de l’année. Après une séquence plus favorable au troisième trimestre avec une hausse de 0,5%, l’activité retombe à 0,2% lors des trois derniers mois de 2025. Cette décélération s’inscrit dans une trajectoire descendante qui débute en 2023 avec une croissance de 1,6%, poursuivie en 2024 à 1,1%, avant d’atteindre son point le plus bas en 2025.
L’investissement représente un des points faibles majeurs de cette année. La formation brute de capital fixe recule globalement, amputant la progression du PIB de 0,2 point. Les entreprises adoptent une posture attentiste face aux incertitudes qui pèsent sur l’environnement économique. La persistance de taux d’intérêt élevés freine aussi bien l’investissement immobilier que productif, tandis que les resserrements budgétaires réduisent progressivement les aides publiques.
Une demande intérieure en demi-teinte
La consommation des ménages stagne malgré le repli de l’inflation sur la seconde moitié de l’année. Les comportements d’épargne restent prudents, limitant la capacité de rebond de la consommation. La demande intérieure finale hors stocks apporte une contribution modeste de 0,3 point à la croissance annuelle, reflétant une dynamique économique sans grande vigueur.
Le commerce extérieur se révèle paradoxalement l’un des rares moteurs positifs. Les exportations surpassent les importations, générant une contribution exceptionnelle de 0,9 point à la croissance. Cette performance inhabituelle pour l’économie française s’explique par la normalisation des prix énergétiques et une demande mondiale plus soutenue en fin d’année, notamment dans l’aéronautique et les produits pharmaceutiques.
La France entre stagnation allemande et dynamisme espagnol
Sur l’échiquier européen, l’économie française occupe une position intermédiaire. L’Allemagne connaît une quasi-stagnation avec une croissance estimée à seulement 0,3% en 2025, pénalisée par la faiblesse de son secteur industriel. À l’opposé, l’Espagne affiche une dynamique nettement supérieure, portée par le tourisme et les investissements publics. La zone euro dans son ensemble enregistrerait environ 1,3% de croissance selon l’OCDE, un niveau qui place la France en dessous de la moyenne.
Cette configuration révèle les spécificités du modèle économique français, largement orienté vers les services et la demande intérieure. Si cette structure procure une certaine résistance face aux chocs extérieurs, elle bride également les gains de productivité et la capacité d’accélération. L’économie tricolore parvient à éviter la récession mais peine à retrouver une trajectoire de croissance solide.
Les perspectives pour 2026 restent marquées par la prudence. Le gouvernement mise sur une croissance d’au moins 1%, s’appuyant sur les chiffres de 2025 jugés encourageants. Les analystes évoquent une amélioration du climat des affaires, notamment dans l’industrie, soutenue par un possible redressement européen et les plans de relance allemands. L’appréciation récente de l’euro pourrait toutefois freiner les exportations françaises et limiter la progression de l’activité. La normalisation progressive de la politique monétaire européenne, avec une éventuelle baisse des taux directeurs de la Banque centrale européenne, pourrait offrir un peu d’oxygène à l’investissement privé. Les secteurs tournés vers la transition énergétique et le numérique constituent des relais de croissance potentiels, à condition que les entreprises retrouvent confiance et que les conditions de financement s’assouplissent.