L’année 2026 a démarré sur un rythme que le marché de l’épargne n’avait plus connu depuis deux décennies. En février, la différence entre les sommes versées et celles retirées sur les contrats d’assurance vie a atteint 7,1 milliards d’euros, selon les chiffres rendus publics par France Assureurs. Pour retrouver un tel niveau sur un mois de février, il faut remonter à 2006, où la collecte nette avait frôlé les 7,2 milliards d’euros. Le mois précédent avait déjà donné le ton avec 6,2 milliards d’euros de collecte nette, portant le total sur les deux premiers mois de l’année à 13,3 milliards d’euros, soit 3,6 milliards de plus que sur la même période en 2025.
Les cotisations ont elles aussi battu un record absolu tous mois confondus : 19,5 milliards d’euros versés en février, contre 19,1 milliards en janvier. Par rapport à février 2025, la hausse atteint 16 %, soit 2,7 milliards d’euros supplémentaires injectés par les épargnants. L’encours total de l’assurance vie s’établit désormais à 2 143 milliards d’euros à fin février, en progression de 5,4 % sur un an. À titre de comparaison, le Livret A et le LDDS pesaient à la même date environ 612 milliards d’euros, confirmant la domination écrasante de l’assurance vie dans le paysage de l’épargne française.
Le Livret A perd de son éclat et pousse les épargnants vers d’autres horizons
Le recul du Livret A n’est pas étranger à cette dynamique. Son taux de rémunération est passé de 3 % à 1,70 % en 2025, puis a encore chuté à 1,50 % au 1er février 2026. Résultat : les montants déposés sur le Livret A ont reculé de 740 millions d’euros en février, d’après les données de la Caisse des dépôts. Parallèlement, les fonds en euros de l’assurance vie ont servi un rendement moyen de l’ordre de 2,6 % sur l’année 2025, avec certains contrats dépassant les 3,5 % selon les compagnies. L’écart de rémunération, devenu nettement favorable à l’assurance vie, a mécaniquement orienté les flux vers ce placement.
Le comportement d’épargne des ménages français reste par ailleurs très soutenu. Selon l’Insee, le taux d’épargne a atteint 18,3 % du revenu disponible brut en 2025. Les Français continuent donc de mettre de côté une part conséquente de leurs revenus, et dans ce contexte, l’assurance vie capte une fraction grandissante de cet effort d’épargne, au détriment des livrets réglementés devenus moins attractifs.
Les unités de compte portent l’essentiel de la collecte
Sur les 7,1 milliards d’euros de collecte nette en février, les supports en unités de compte (UC) représentent à eux seuls 5,2 milliards d’euros, contre 1,8 milliard pour les fonds en euros. La part des UC dans les versements totaux s’est maintenue à 41 % en février, un niveau élevé qui reflète un appétit croissant des épargnants pour des supports liés aux marchés financiers. Sur ces supports, le rendement moyen a atteint 4,7 % en 2025, nettement au-dessus des fonds en euros, même si le capital n’y est pas garanti.
La bonne tenue des marchés boursiers en janvier et février a favorisé cet engouement. La progression des cotisations en UC atteint +20 % sur un an, contre +13 % pour les supports en euros. Depuis le début de l’année, les UC concentrent 11,1 milliards d’euros de collecte nette sur les 13,3 milliards totaux. La communication par les assureurs de leurs rendements pour l’exercice 2025 a également joué un rôle d’accélérateur, en rappelant aux épargnants la compétitivité retrouvée de ces contrats face aux livrets d’épargne réglementée et aux dépôts à terme.
La suite de l’année 2026 pourrait encore amplifier cette tendance. Depuis le 1er mars, les plans d’épargne logement (PEL) ouverts il y a plus de quinze ans doivent être fermés. Entre 2026 et 2030, environ 3,2 millions de PEL sont concernés par cette mesure, pour un encours global de 93 milliards d’euros. Les détenteurs de ces anciens PEL vont devoir réallouer leur épargne, et l’assurance vie apparaît comme un réceptacle naturel pour ces capitaux, grâce à un positionnement jugé compétitif aussi bien en termes de rendement que de fiscalité. Toutefois, la guerre en Iran, déclenchée fin février, pourrait redistribuer les cartes. Les crises géopolitiques poussent généralement les ménages vers l’épargne de précaution, notamment le Livret A. La volatilité des marchés financiers pourrait aussi freiner l’appétit pour les unités de compte, même si les épisodes passés — Covid en 2020, guerre en Ukraine en 2022 — ont montré que les reculs de collecte restaient limités dans le temps. Enfin, la remontée des taux obligataires, si elle reste modérée, pourrait améliorer le rendement futur des fonds en euros, mais un emballement incontrôlé de ces mêmes taux fragiliserait au contraire la valeur des obligations détenues dans les portefeuilles des assureurs.