Les travailleurs indépendants français affichent un attachement persistant à leur statut, avec des taux de satisfaction qui progressent légèrement. Pourtant, selon la récente étude de l’Observatoire de l’envie d’entreprendre, le désir de se mettre à son compte recule pour la première fois cette année. Trente pour cent des Français envisagent désormais de créer leur activité dans les cinq années à venir, soit huit points de moins qu’en 2024. Cette baisse généralisée touche tous les profils, mais épargne partiellement les moins de 35 ans qui demeurent les plus enclins à franchir le pas, avec 54% d’entre eux toujours tentés par l’aventure.
L’insécurité politique et économique pèse lourdement sur les velléités entrepreneuriales. La conjoncture actuelle, marquée par des turbulences internationales et nationales, décourage bon nombre de candidats à la création d’entreprise. La crainte d’une pression fiscale accrue et d’une situation économique dégradée s’ajoute aux freins classiques que sont l’instabilité des revenus, les difficultés de financement et l’accès compliqué à une sécurité matérielle.
Un besoin d’accompagnement peu satisfait
Près de la moitié des entrepreneurs déclare avoir rencontré des obstacles lors du lancement de leur structure. Plus préoccupant encore, seulement un quart d’entre eux a pu bénéficier d’un dispositif d’aide au démarrage. Face à ce constat, l’appétence pour un soutien global se révèle massive : 85% jugent utile un accompagnement intégral, et 60% de ceux qui ont dû se débrouiller seuls auraient souhaité en profiter. Cette demande non satisfaite témoigne d’un décalage entre les besoins réels des créateurs et l’offre d’accompagnement disponible.
Parallèlement, la transformation numérique des indépendants reste timide. Hormis les démarches administratives en ligne qui concernent près de la moitié des répondants, l’adoption des outils digitaux stagne. Seul un tiers utilise des solutions de facturation dématérialisée, tandis que l’usage des banques en ligne progresse pour atteindre 28%. D’ailleurs, la réforme de la facturation électronique qui entrera en vigueur en septembre 2027 demeure largement méconnue : 40% des indépendants n’en ont jamais entendu parler et seulement un quart en maîtrise les contours.
L’intelligence artificielle s’impose comme allié des entrepreneurs
L’intelligence artificielle marque un tournant dans les pratiques professionnelles des travailleurs indépendants. L’usage de ces technologies a bondi de 13 points en un an, avec désormais 42% des entrepreneurs qui y recourent occasionnellement et 15% de manière régulière. Chez les moins de 35 ans, cette adoption atteint même 67%, soit une progression spectaculaire de 21 points. Les indépendants plébiscitent l’IA principalement pour gagner du temps sur les tâches répétitives, l’utilisant massivement pour la recherche d’informations et la création de contenus textuels.
Cette montée en puissance de l’intelligence artificielle dans le quotidien des entrepreneurs français s’inscrit dans un mouvement plus large de transformation du monde du travail indépendant. Le pays comptait plus d’un million de créations d’entreprises en 2024, dont près de 65% de micro-entrepreneurs, confirmant l’attractivité persistante de ce statut simplifié. Cette dynamique entrepreneuriale, bien que ralentie par les incertitudes actuelles, témoigne d’une recomposition profonde des aspirations professionnelles, notamment portée par une génération plus jeune, plus diplômée et davantage tournée vers l’autonomie et la flexibilité. Les secteurs du numérique, de l’e-commerce et des services aux entreprises continuent d’attirer massivement ces nouveaux profils, tandis que l’intelligence artificielle devient progressivement un outil incontournable pour développer et pérenniser leur activité face à une concurrence accrue.