Le gouvernement resserre encore la vis sur le financement de l’apprentissage. Après une première baisse intervenue début 2025, un nouveau projet de décret vient d’être rendu public mi-février, annonçant une diminution ciblée des subventions versées aux employeurs qui recrutent des jeunes en formation supérieure. Les BTS, licences, masters et diplômes d’ingénieurs sont particulièrement concernés par cette mesure d’économies budgétaires qui devrait rapporter 700 millions d’euros à l’État d’ici 2027.
Des montants revus à la baisse pour l’enseignement supérieur
Les petites et moyennes entreprises de moins de 250 salariés, qui percevaient jusqu’à présent 5 000 euros pour tout contrat d’apprentissage conclu sur la première année, verront ce soutien descendre à 4 500 euros maximum pour les formations de niveau bac+2 comme les BTS ou les DUT. La baisse sera encore plus marquée pour les cursus longs : seulement 2 000 euros pour un apprenti préparant un diplôme d’ingénieur, une licence ou un master. Les grandes structures de 250 salariés et plus ne sont pas épargnées. Elles ne recevront plus que 1 500 euros pour un apprenti en BTS ou DUT, et le montant tombera à 750 euros pour les diplômes supérieurs au bac+2. Cette diminution progressive selon le niveau d’études marque un changement de stratégie dans le soutien public à l’alternance.
Seul point qui reste inchangé : la prime pour l’embauche d’apprentis en situation de handicap demeure fixée à 6 000 euros, quelle que soit la taille de l’entreprise. Cette disposition permet de maintenir une politique volontariste en faveur de l’inclusion professionnelle des personnes handicapées. Le nouveau dispositif s’appliquera aux contrats conclus dès la publication du décret au Journal officiel et concerne la première année d’exécution des contrats d’apprentissage signés avant le 1er janvier 2027.
Une mesure dans un contexte de maîtrise budgétaire
Cette réforme s’inscrit dans une logique d’économies substantielles. Le ministère du Travail table sur environ 200 millions d’euros d’allégement de la dépense publique dès 2026, puis près de 700 millions supplémentaires l’année suivante. L’apprentissage, qui a connu une expansion spectaculaire ces dernières années grâce aux aides généreuses, représente désormais un poste budgétaire conséquent que l’exécutif souhaite rationaliser. Les chiffres témoignent de cet essor fulgurant : alors qu’environ 430 000 jeunes étaient en apprentissage en 2017, ils dépassaient le million en 2023. Cette croissance s’est largement appuyée sur l’ouverture du dispositif à l’enseignement supérieur et au secteur tertiaire, secteurs qui avaient jusqu’alors peu recours à cette formule.
Pour les entreprises qui misent fortement sur les apprentis de niveau supérieur, la question se pose désormais en termes d’arbitrage financier. L’aide constituait souvent un argument déterminant dans la décision de recruter un alternant plutôt qu’un salarié classique. Avec cette baisse, le reste à charge augmente sensiblement pour les recruteurs, ce qui pourrait freiner les embauches, particulièrement dans les PME aux budgets serrés. Les premiers indicateurs montrent déjà un ralentissement : les statistiques officielles font état d’un recul de 4,4 % des nouveaux contrats d’apprentissage en 2025 par rapport à 2024, et la tendance devrait s’accentuer.
Au-delà de l’enjeu budgétaire immédiat, cette mesure pose la question de l’accès des jeunes à l’emploi et à la qualification professionnelle. L’apprentissage dans le supérieur s’est imposé ces dernières années comme une voie d’insertion privilégiée, permettant aux étudiants de combiner formation théorique et expérience professionnelle tout en bénéficiant d’un salaire. Si les entreprises réduisent leurs offres faute de soutien financier suffisant, les opportunités pour les jeunes pourraient se raréfier, avec des répercussions potentielles sur le chômage des moins de 25 ans.