Premier placement des Français avec ses 2107 milliards d’euros d’encours fin 2025, l’assurance-vie continue de canaliser l’argent des épargnants vers des entreprises développant activement des projets pétroliers, gaziers et charbonniers. Une étude publiée début février 2026 par Reclaim Finance révèle que 62% des supports d’investissement en unités de compte restent exposés à ces secteurs hautement polluants, un chiffre identique à l’année précédente qui témoigne d’une stagnation préoccupante.
L’analyse porte sur plus de 7500 fonds en unités de compte proposés par 27 assureurs français, représentant 90% du marché. TotalEnergies apparaît dans un fonds sur cinq analysés. Cette situation concerne autant Groupama, qui affiche la plus forte proportion d’unités exposées aux développeurs d’énergies fossiles, que les grands noms comme AXA, Crédit Agricole Assurances ou Allianz. Ces acteurs majeurs maintiennent une offre dont plus de la moitié reste connectée à des entreprises qui étendent leurs activités dans les hydrocarbures, alors même qu’ils communiquent sur leurs engagements climatiques.
Des labels trompeurs qui ne changent rien
Les produits estampillés « durables » ou « responsables » n’échappent pas au phénomène. Près de 47% des fonds affichant ces mentions contiennent au moins un développeur d’énergies fossiles. Cette contradiction expose les 20 millions de souscripteurs français à un écoblanchiment manifeste, où le marketing vert masque mal la réalité des investissements. L’argent placé avec l’espoir de préparer sereinement l’avenir continue paradoxalement de soutenir des activités qui compromettent cet avenir même.
La fédération France Assureurs a réagi en reconnaissant « un enjeu réel » mais en contestant la méthodologie employée, qui se base sur le nombre de fonds référencés plutôt que sur les montants effectivement investis. Cette défense technique ne modifie toutefois pas le constat global : les structures permettant d’investir dans l’expansion fossile demeurent massivement disponibles dans l’offre commerciale.
Quelques exceptions dans un océan d’inaction
Trois acteurs se distinguent néanmoins : Green-Got et Goodvest proposent une gamme intégralement exempte de développeurs fossiles, tandis que BPCE Assurances a cessé en 2025 de référencer de nouveaux fonds exposés au charbon et à certains projets pétrogaziers. Des progrès limités concernent aussi le charbon thermique, avec une exposition réduite à 15% contre 22% en 2024, grâce notamment aux efforts de la Macif, de la MAIF et de SMAVie.
Ces exceptions restent marginales face à l’immobilisme général. Les sociétés de gestion Amundi, filiale du Crédit Agricole, et BlackRock, qui fournissent le plus de fonds carbonés, n’ont pris aucune mesure pour interrompre leur soutien aux extensions fossiles. Les leviers existent pourtant : renforcement des politiques d’exclusion sur les énergies fossiles et sélection plus stricte des gestionnaires partenaires figurent parmi les solutions identifiées.
La trajectoire climatique mondiale exige l’arrêt immédiat de tout nouveau développement fossile selon l’Agence internationale de l’énergie. Dans ce contexte, l’assurance-vie française dispose d’un levier financier considérable pour accélérer la transition énergétique. Avec près de 40% de la collecte annuelle brute transitant par les unités de compte, une réorientation des flux d’investissement pourrait significativement réduire le financement d’activités incompatibles avec la limitation du réchauffement à 1,5°C. L’écart entre discours et pratiques questionne directement la volonté réelle du secteur d’aligner ses actes sur ses communications vertes.