Le CAC 40 termine sa pire semaine de l’année sous le choc de la guerre au Moyen-Orient

Le bilan est sévère. En sept jours de guerre, la Bourse de Paris a perdu près de 7%, repassant sous le seuil des 8 000 points pour la première fois depuis fin novembre. Vendredi 6 mars, l’indice phare parisien a clôturé à 7 993 points, en repli de 0,65% sur la seule séance. Depuis le 1er janvier, le CAC 40 affiche désormais un recul de 1,9%, effaçant d’un coup les gains accumulés ces dernières semaines — dont un mois de février qui avait pourtant été le meilleur depuis un an, avec une progression de 5,59%.

Tout découle du même point de départ : l’opération militaire américano-israélienne contre l’Iran, lancée dans la nuit du 28 février au 1er mars. Les frappes ont notamment coûté la vie au guide suprême Ali Khamenei, tandis que Téhéran répliquait en s’en prenant aux pays du Golfe abritant des bases américaines. En une semaine, le conflit a brutalement changé la donne sur les marchés mondiaux.

Le pétrole comme accélérateur de la panique

Le nerf de la guerre, cette semaine, c’est le détroit d’Ormuz. Cette voie maritime étroite, par laquelle transite environ 20% du pétrole mondial en temps normal, est pratiquement paralysée depuis le début des hostilités. Des pétroliers ont été attaqués, d’autres détournés. Le trafic des tankers dans le détroit, par lequel passaient normalement l’équivalent de 20 millions de barils par jour, est à l’arrêt. Mécaniquement, les cours du brut se sont emballés : le baril de Brent a franchi les 90 dollars vendredi, en hausse de 8% sur la séance, un niveau qui n’avait plus été atteint depuis près de deux ans. Sur la semaine, la progression du brut dépasse 22%.

La flambée du prix des hydrocarbures provoquée par la guerre au Moyen-Orient a ravivé la peur de l’inflation sur les marchés, les investisseurs craignant un choc qui pourrait peser lourdement sur la croissance européenne. Le spectre de 2022 ressurgit, quand l’invasion de l’Ukraine avait déclenché un choc énergétique majeur. Certains experts évoquent, en cas de blocage durable du détroit, un scénario comparable à la crise pétrolière de 1973.

L’Europe paye une addition particulièrement lourde dans ce contexte, en raison de sa forte dépendance aux importations énergétiques. La Corée du Sud, qui importe 95% de son énergie, illustre encore plus extrêmement cette vulnérabilité : son indice Kospi a décroché de 10,6% sur la semaine. À l’inverse, les États-Unis, exportateurs nets de pétrole et pratiquement autosuffisants sur le plan énergétique, ont mieux résisté, avec un S&P 500 en repli de seulement 1,9%.

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Semi-conducteurs, Spie, Prodways : les gagnants et les perdants de la semaine

Sur le plan des valeurs, la séance de vendredi a mis en lumière la fragilité du secteur des semi-conducteurs en Europe, déjà sous pression avant même le déclenchement du conflit. L’allemand Infineon a reculé de 6,93% malgré des résultats trimestriels dans la norme, avec un chiffre d’affaires de 3,66 milliards d’euros au premier trimestre 2026, en hausse de 7% sur un an. Le groupe a aussi annoncé 500 millions d’euros d’investissements supplémentaires pour renforcer ses capacités. Cela n’a pas suffi. Une grande banque d’affaires a dégradé sa recommandation sur le titre, jugeant les ambitions dans l’intelligence artificielle disproportionnées par rapport à la réalité concurrentielle. Les craintes sur la demande chinoise et les niveaux de stocks chez certains clients ont fait le reste.

Le repli a fait tache d’huile sur toute la cote européenne du secteur. STMicroelectronics a signé la pire performance du CAC 40 avec un recul de 5,1%, ASML a abandonné 3,5%, ASM International 6,2%, et BE Semiconductor Industries a décroché de 17,4%. Ce n’est pas un phénomène isolé : STMicroelectronics avait déjà confirmé une année 2025 difficile, avec un chiffre d’affaires annuel en baisse de 11% et un bénéfice net en chute de 90%. La correction de cette semaine s’inscrit dans une fragilité structurelle qui précède largement le conflit au Moyen-Orient.

Du côté des valeurs plus spécifiques, Spie a cédé 3,51% après des résultats annuels jugés décevants. La croissance du spécialiste des services techniques en énergie et infrastructures a nettement ralenti au quatrième trimestre, pénalisée par la mollesse du marché français — notamment le déploiement de la fibre optique — quand l’Allemagne continue de porter l’activité du groupe. Après un parcours boursier exceptionnel en 2025 (+63%), les investisseurs ont profité du contexte difficile pour alléger leurs positions.

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En sens inverse, Prodways a fait figure d’exception en s’envolant de près de 40%. Le spécialiste de l’impression industrielle 3D a annoncé la cession de sa filiale logicielle pour environ 35 millions d’euros, un montant supérieur à sa capitalisation boursière totale. Le marché a salué à la fois le prix obtenu et l’intention du groupe de redistribuer une partie du produit à ses actionnaires, tout en se concentrant sur le redressement de son activité industrielle.

Cryptos, or, devises : les autres baromètres du choc

La guerre redistribue aussi les cartes sur d’autres classes d’actifs. L’or a reculé de 2,3% sur la semaine, une réaction surprenante pour une valeur réputée refuge, qui traduit probablement des mouvements de liquidation forcée pour couvrir des pertes ailleurs. L’euro a cédé du terrain face au dollar (-2%), les investisseurs se ruant vers le billet vert dans un réflexe classique de fuite vers la sécurité perçue.

Les cryptomonnaies, pour leur part, illustrent une autre réalité. Le bitcoin perd 21,7% depuis le début de l’année après déjà -6,3% en 2025, mais l’actif numérique joue un rôle bien différent selon les géographies. Dans les pays soumis à des sanctions ou à des crises monétaires — l’Iran lui-même, le Venezuela, l’Ukraine —, le bitcoin et les stablecoins fonctionnent moins comme des investissements spéculatifs que comme des outils de survie financière : moyen de transférer des fonds hors du système bancaire, protection contre l’effondrement de la monnaie locale, ou passerelle vers le dollar pour les populations coupées des circuits financiers classiques.

La question de fond que pose cette semaine agitée va au-delà du seul conflit en cours. Elle repose sur la dépendance structurelle de l’Europe à l’énergie importée, une vulnérabilité que la guerre en Ukraine avait déjà mise à nu en 2022. Si le détroit d’Ormuz reste paralysé plusieurs semaines, les conséquences sur les perspectives de croissance de la zone euro, sur la trajectoire de la BCE en matière de taux, et sur les finances publiques des États membres pourraient s’avérer bien plus durables que le simple choc boursier de cette première semaine de mars.