L’année qui débute marque un tournant pour les épargnants français. Entre ajustements de taux, nouvelles règles fiscales et échéances automatiques, les placements vont connaître des transformations majeures. Décryptage des modifications qui prendront effet dès janvier.
L’épargne réglementée face aux taux en mouvement
L’année écoulée a vu le Livret A subir deux dégradations consécutives : de 3% à 2,4% en février, puis à 1,70% en août. Cette dernière diminution représente la plus forte correction observée depuis quinze ans. Les projections pour février prochain laissent présager une nouvelle érosion, avec un taux technique qui s’établirait autour de 1,40%, soit un recul supplémentaire de 0,30 point. Le Livret d’épargne populaire suivrait une trajectoire similaire, passant de 2,70% à environ 2,40%.
Le Plan épargne logement suit quant à lui une tendance inverse. Fixé à 1,75% tout au long de 2025, ce qui donnait un rendement net de 1,23% après prélèvement forfaitaire unique, le PEL voit son taux grimper à 2% pour les nouveaux contrats ouverts en 2026. Après application de la fiscalité à 30%, les épargnants bénéficieront d’un rendement net de 1,40%. Les droits à prêt associés passeront à 3,20%, contre 2,95% actuellement.
Parallèlement, 2026 marquera une étape décisive pour de nombreux détenteurs de PEL. Les plans ouverts entre mars et décembre 2011 atteindront leur limite d’âge réglementaire de 15 ans et seront automatiquement fermés. Sans intervention du titulaire, les fonds seront transférés vers un compte sur livret ordinaire, généralement peu rémunérateur, et les droits à prêt accumulés disparaîtront définitivement. Cette transformation automatique concerne potentiellement des dizaines de milliers d’épargnants qui doivent anticiper la réallocation de leurs capitaux.
Assurance vie et fiscalité du capital : le nouvel environnement
En 2024, les assureurs ont maintenu un rendement moyen de 2,6% en puisant dans leurs provisions pour participation aux bénéfices, qui se sont réduites de 4,5% à 3,9% des encours. Pour l’année en cours, dont les taux seront communiqués en janvier, les professionnels anticipent un léger tassement autour de 2,5%. Les réserves continueront d’être mobilisées, mais dans une moindre mesure qu’en 2023 et 2024, ce qui pourrait accentuer la baisse dans les années suivantes.
Le volet fiscal apporte également son lot de changements. L’adoption du budget de la Sécurité sociale pour 2026 acte une augmentation de la contribution sociale généralisée sur certains revenus du patrimoine, qui bondit de 9,2% à 10,6%. Cette hausse de 1,4 point entraîne une élévation mécanique de la flat tax de 30% à 31,4% et des cotisations sociales de 17,2% à 18,6%. Les comptes à terme, livrets bancaires fiscalisés, comptes courants rémunérés, comptes-titres, PEA et dispositifs d’épargne salariale sont directement concernés.
En revanche, les livrets réglementés (Livret A, LEP, Livret Jeune, LDDS) conservent leur totale défiscalisation. Les contrats d’assurance vie, le PEL, le PEP, les revenus fonciers et les plus-values immobilières échappent à cette hausse ciblée. Les PER assurances ne sont pas impactés, contrairement aux PER bancaires dont la situation reste floue.
Un amendement parlementaire propose par ailleurs d’autoriser temporairement les titulaires d’assurance vie à effectuer une donation anticipée tout en transmettant l’abattement fiscal de 152 500 euros normalement réservé aux bénéficiaires au décès. Cette mesure exceptionnelle viserait les primes versées avant octobre 2025 par des souscripteurs ayant atteint 70 ans au 31 décembre 2026. L’abattement utilisé dans ce cadre serait toutefois déduit de celui applicable ultérieurement au décès.
Les obligations de conseil pour les assureurs et distributeurs se renforcent également. À partir de janvier, l’actualisation des informations clients devra intervenir tous les quatre ans en l’absence d’opération sur le contrat, ou tous les deux ans si des recommandations personnalisées ont été fournies. Les établissements devront vérifier régulièrement que les préférences des assurés en matière d’investissement responsable sont toujours respectées.
Plan épargne retraite : nouveaux plafonds et perspectives
Le plafond annuel de la Sécurité sociale progresse de 2% pour 2026, passant de 47 100 à 48 060 euros. Cette révision fait mécaniquement grimper le plancher de déduction des versements volontaires sur un PER de 4 637 à 4 806 euros, tandis que le plafond atteindrait 38 448 euros. Un amendement en discussion propose d’allonger de trois à cinq ans la période de référence permettant aux contribuables de recourir aux fractions non utilisées du plafond de déduction. L’adoption définitive de cette mesure dépend du vote final du projet de loi de finances.
La fiscalité en mouvement, les rendements sous pression et les échéances automatiques redessinent le paysage de l’épargne française. Les détenteurs de placements doivent rester attentifs aux dates butoirs et arbitrer leurs allocations en fonction de leurs objectifs patrimoniaux et de leur horizon d’investissement. La complexité croissante du millefeuille fiscal pourrait par ailleurs modifier durablement les comportements d’épargne, avec un avantage renforcé pour les supports exemptés de la hausse de CSG et une nécessité accrue d’accompagnement personnalisé.